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mars 25, 2007

Élections provinciales 2007: les performances oratoires des chefs du PLQ, du PQ et de l'ADQ

INTRODUCTION

    Les discours de Jean Charest, André Boisclair et Mario Dumont étudiés par nos formateurs, ont eu lieu respectivement les 20, 21 et 23 mars 2007, dans le cadre de dîner-conférences organisés par la Chambre de Commerce du Montréal Métropolitain (CCMM). La durée des discours était d'environ 20-25 minutes.

Les analyses de ces prestations oratoires ne concernent évidemment en aucun cas le contenu politique des discours. En ce sens, elles n'expriment aucune opinion sur le programme des trois candidats, ni d'analyse ou de jugement sur la composition de ces programmes. Audience Impact a simplement souhaité profiter du support que lui offraient l'actualité et la campagne électorale québécoise, pour se livrer à cet exercice en lien direct avec les services fournis par l'entreprise.


JEAN CHAREST – PLQ – Premier Ministre du Québec

Devant les membres de la CCMM, Jean Charest a effectué une prestation en demi-teinte. Une première partie de discours performante, suivie d’une deuxième beaucoup moins efficace.

Les points positifs de la prestation

Dans cette première moitié de discours, Jean Charest se sent bien sur la scène, le public nombreux ne l’intimide pas et il contrôle bien sa nervosité en paraissant détendu. Cette détente ne l’empêchant pas d’être dynamique et de faire preuve d’une énergie efficace, qui se traduit même par une sorte de petite étincelle dans son regard.

Quand il est dans cet état d’esprit très positif, Jean Charest est un excellent orateur. Il fait preuve d’une chaleur naturelle qui lui donne une grande proximité avec son auditoire et un charisme certain. Ses regards dans le public son bien placés et donnent réellement le sentiment à chaque personne d’être concernée par le discours. M. Charest a également une bonne capacité à utiliser son sens de l’humour, pour parfois sortir un peu de son texte et alléger le cadre du discours politique.

Du côté de la voix, la manière de parler est calme et assurée, avec une bonne utilisation de la tonalité pour nuancer son propos, en fonction des idées qu’il développe. M. Charest sait également placer les pauses et les silences volontaires, pour laisser le temps à son auditoire d’assimiler l’information.

Concernant l’aspect gestuel, le naturel l’emporte et cela fonctionne bien. La gestuelle est variée et vient bien appuyer le propos, en dehors d’une légère tendance à trop marteler avec les mains.

Enfin d’un point de vue structurel, sur cette première partie de son intervention, la pensée et la concentration sont bien alignées sur le fil conducteur du discours. M. Charest navigue bien en suivant cette ligne directrice, qu’il se permet de quitter parfois de manière contrôlée, aussi bien en français qu’en anglais.

À noter: le choix de demander aux candidats de son parti présents dans la salle, de se lever pour les saluer au début de son intervention, un clin d’œil efficace à ses capacités de meneur et à son sens de l’équipe.

Les points à travailler

C’est dans la deuxième moitié de son discours que la belle mécanique oratoire de M. Charest s’est enraillée. Après un début très dynamique, Jean Charest a lentement mais sûrement perdu son énergie. L’étincelle dans le regard a disparu et la passion qui animait l’orateur et le rendait chaleureux, s’est évanouie en même temps. L’effet s’est rapidement fait sentir, avec un décrochage d’une grande partie de l’auditoire, qui s’est traduit par un début d’agitation dans la salle.

Le charisme dont faisait preuve Jean Charest s’est ainsi évaporé avec son énergie. Se voulant sérieux, son regard est en fait devenu plus sévère, d’une manière un peu artificielle le rendant moins crédible et donc moins convaincant.

La respiration est devenue plus courte avec pour conséquence, une difficulté à terminer les longues phrases. Les dernières syllabes ont tendance à tomber, car elles ne sont plus soutenues par la projection de la voix, ce qui les rend par moments difficiles à entendre pour l’auditoire. Cela ayant pour effet d'altérer l’attention portée à l’orateur et au contenu de son discours. 

D’un point de vue structurel sur cette deuxième partie de discours, le passage en mode lecture dû à la perte de dynamisme, a totalement éteint l’aspect bien maîtrisé du sujet. M. Charest donnant l’impression d’être beaucoup moins guidé par sa pensée et le fil conducteur de son intervention, que dans son début de discours.

À noter: le choix de M. Charest d’axer le contenu de son intervention sur sa politique générale, plutôt que sur la métropole de Montréal, tel que l’introduction de la Présidente de la CCMM le laissait supposer. Un choix (stratégique ?) qui a déçu un certain nombre de personnes dans l’auditoire.



ANDRÉ BOISCLAIR – PQ – Candidat au poste de Premier Ministre du Québec

Devant les membres de la CCMM, André Boisclair a effectué une prestation plutôt dynamique, mais dont l’efficacité en terme d’orateur est plutôt mitigée.

Les points positifs de la prestation

Dès le début de son discours, André Boisclair donne le sentiment qu’il veut bien faire, avec en ce sens un côté perfectionniste qui transparaît. Il maîtrise relativement bien son trac, même si la pointe de nervosité que l’on perçoit quand il monte sur la scène, indique qu’il pourrait être un peu plus détendu.

L’ensemble de son intervention est énergique et marqué par le dynamisme. M. Boisclair montre également son intérêt pour le public qui l’écoute, en plaçant ses regards de manière adéquate dans l’auditoire.

Du côté de la voix, la diction de M. Boisclair est parfaite, tous les mots prononcés sont facilement compréhensibles pour le public. La voix est également bien portée avec le souffle nécessaire. Sa posture bien droite et ancrée au sol l’aide en ce sens.

Du point de vue de la structure, il suit parfaitement le chemin tracé par son plan de communication.

À noter: le fond de son discours est cadré sur le thème de la métropole de Montréal, tel que l’introduction de la Présidente de la CCMM le laissait supposer.

Les points à travailler

Le revers de la médaille est probablement l’expression la plus appropriée pour illustrer les difficultés rencontrées par André Boisclair. En effet, la volonté de bien faire et la recherche de la perfection, quand elles sont poussées trop loin, nuisent au naturel et à la transmission du message à l’auditoire.

Le désir de paraître constamment passionné supprime quasiment toute forme de nuance dans la sonorité de la voix. Le ton est emporté, parfois même agressif, quel que soit le sujet abordé dans son exposé. Il est donc assez difficile pour l’auditoire de différencier par le ton du discours, les flèches qu’ils lancent contre ses adversaires politiques, de ses propres idées ou propositions. Cette tonalité coupe M. Boisclair de son public en raison du manque de naturel et donne l’impression que son discours est désincarné, comme préenregistré sur une bande son.

La respiration serait également à travailler, afin de régler le débit de paroles, qui est continu. Des pauses ou des silences bien placés rendraient son discours beaucoup plus fluide, faciliteraient l’assimilation du message par le public et permettraient à l’orateur de mieux s’adapter à ses réactions.

Du côté de la gestuelle, M. Boisclair accompagne quasiment chaque mot d’un martèlement de la main qui trahi un certain manque de contrôle. Ce geste servant à appuyer un mot ou une idée à un moment donné, perd tout son intérêt lorsqu’il est continuel, allant même jusqu’à brouiller le message en donnant une importance égale à chaque mot. M. Boisclair a également très peu souri et gardé un air fâché, durant la presque totalité de sa prestation. Cela, quelle que soit la réaction du public, même après des applaudissements saluant une de ses promesses. Une attitude dure qui retire toute chaleur à son message et réduit au minimum l’empathie du public.

Enfin au niveau de la structure, la conclusion de l’intervention n’a pas été assez concise, avec un orateur emporté par son élan, qui n’a pas su trouver le bon rythme pour conclure. Ce qui a eu comme effet de voir une partie du public se lever et l’applaudir avant la fin, en pensant que le discours était terminé.  

À noter: M. Boisclair n’a pas prononcé un mot en langue anglaise durant son intervention. Un choix qui peut sembler étrange pour les milieux économiques et d’affaires représentés dans l’auditoire.



MARIO DUMONT – ADQ – Candidat au poste de Premier Ministre du Québec

Devant les membres de la CCMM, Mario Dumont a effectué une prestation mitigée du point de vue de la technique oratoire, tout en étant relativement efficace pour faire passer son message.

Les points positifs de la prestation

La force principale de M. Dumont réside assurément dans la facilité de compréhension de son discours et dans la manière dont il le rend accessible.

Du côté de la voix, la sonorité est restée nette et dynamique tout le long de sa prestation, malgré un certain manque d’énergie que M. Dumont s’appliquait à combattre. Le débit est bien ajusté, ni trop rapide, ni trop lent. Les silences et les pauses sont bien placés dans son exposé et permettent à l’auditoire de bien assimiler chaque idée développée. La diction est bonne, rendant chaque mot parfaitement audible d’un bout à l’autre du discours.

Concernant l’aspect gestuel, tout comme M. Charest, Mario Dumont reste très naturel et soutient bien son propos. Un bémol : une tendance à un peu trop marteler avec les mains ou en hochant la tête, pour accompagner certains passages de son discours.

Du point de vue de ses objectifs de communication, on sent que le but de faire passer le message est bien défini et que Mario Dumont applique son plan de communication à la lettre. Le résultat dans ce domaine est efficace, avec des propos concis, clairs, et des idées faciles à comprendre pour l’auditoire.

Les points à travailler

Malgré une performance plutôt réussie en termes d’objectif, la prestation de Mario Dumont n’a pas été aussi limpide techniquement que sa réputation d’orateur pouvait le laisser penser. En fin de campagne électorale, il a semblé fatigué avec beaucoup d’hésitations au moment de trouver ses mots ou ses idées, ce qui retirait de la fluidité à son discours.

Comme pour M. Boisclair, le désir de paraître passionné et dynamique empêche M. Dumont d’utiliser toutes les tonalités de sa voix. Adapter la tonalité aux différentes natures du propos permettrait à l’auditoire de mieux séparer les idées exposées .

Également, Mario Dumont gagnerait en sympathie et améliorerait le contact avec l’auditoire s’il se montrait sous un visage plus souriant, rendant son attitude un peu plus souple et détendue.

Enfin, c’est finalement du côté de la structure que la prestation a semblé la plus fragile. L’introduction particulièrement, qui est supposée annoncer les grandes lignes de l’exposé, ne permettait pas vraiment d’en saisir le cheminement. La conclusion était pour sa part trop longue, avec un manque de conviction dans l'expression par rapport au reste de la prestation, vraisemblablement dû à la fatigue de M. Dumont.

À noter: tout comme André Boisclair, Mario Dumont ne s’est pas exprimé du tout en anglais. Un choix qui peut paraître étrange pour un auditoire composé de gens d’affaires et des milieux économiques.


LE BILAN

L'idée première de l'exercice n'est pas de déterminer un classement, ni de distribuer les bons et les mauvais points. Il apparaît que les trois candidats ont des forces et des faiblesses oratoires différentes et c'est dans la manière dont ils jonglent avec ces points forts et ces points faibles, qu'ils se démarquent pour mettre en valeur leurs idées devant l'auditoire.

À ce jeu-là, Mario Dumont a semblé être le plus efficace. Jean Charest, a sans doute le plus grand potentiel quand il est au sommet de sa forme. Quant à André Boisclair, même s'il a semblé en retrait, au moins deux facteurs nuancent ce constat. Tout d'abord l'analyse ne concerne qu'un seul discours d'une vingtaine de minutes, sur toute la durée de la campagne. Ensuite, l'écart constaté en défaveur de M. Boisclair est loin d'être insurmontable, avec une préparation adéquate. Ce qu'illustre bien les publicités télévisées de son parti, pour lesquelles il a certainement pu se préparer efficacement.

Posté par Frederic Gosparini à 10:37 PM | Lien permanent

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